Malgré les JO, la censure continue en Chine

Thursday 31 July 2008

Beaucoup d’athlètes sont déjà arrivés et la presse internationale se met en place à Pékin. Et voilà déjà les premiers soucis liés à la liberté… Pékin persiste et signe, on ne pourra pas accéder aux sites Internet de Reporters sans frontières, d’Amnesty International ou à certains sites pro tibétains.
Encore une fois, nous n’avons pas réussi à être inflexible sur le respect des droits de l’Homme. Encore une fois, on va laisser la démocratie se faire raboter. Nicolas Sarkozy quant à lui assistera bien à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, sans état d’âme.
Je vous propose la lecture de différents commentaires de la presse française, ce jeudi 31 août, sur cette censure d’Internet par le gouvernement chinois pendant les Jeux Olympiques.

LE MONDE
Editorial

“La Chine n’a pas tenu ses promesses (…) A l’approche des Jeux olympiques, alors que tous les regards sont tournés vers elle, la Chine contredit ainsi ses bonnes intentions en faisant feu de tout bois pour museler les critiques des opposants au système. Pour les empêcher de pointer du doigt les abus de pouvoir et les atteintes à la liberté d’expression. Certes, en trois décennies, le pays le plus peuplé de la planète a réussi une extraordinaire mutation (…) Mais d’énormes progrès restent à faire de la part d’un parti-Etat qui continue d’instiller la peur au sein de la population. Pour la Chine – on le savait -, les droits de l’homme ne sont pas des valeurs universelles. Le relativisme culturel qu’elle revendique l’incite à faire fi des principes de la démocratie tels qu’on entend ce mot en Occident. Ceux qui avaient pris les promesses d’il y a sept ans pour argent comptant se sont trompés. Ce recul est évidemment de nature à gâcher la fête qui s’annonce.”

LIBERATION
Didier Pourquery

“Pékin ne joue pas le jeu des Jeux. Il censure Internet, continue de museler l’opposition et bétonne tout. C’est déplorable. Mais est-ce étonnant? L’enjeu des jeux pour Pékin était d’entrer sur la scène internationale en tant que partenaire majeur. De se faire reconnaître. D’effacer toutes les humiliations de l’histoire. Pour obtenir ces JO, la Chine avait donc fait de vagues promesses concernant les droits de l’homme. Aujourd’hui, elle argue du relativisme culturel pour relativiser l’universalité des droits de l’homme (…) Qui pouvait croire que la Chine allait soudain devenir une démocratie à l’occidentale, c’est-à-dire transparente (!), juste pour accueillir la grande fête du sport? Même pas le CIO en tout cas (…) Rappelons que dans le communisme, le sport, “loisir actif” et culte de la performance, était un des moyens de tenir la société. Au risque de paraître cynique, reconnaissons que ce qui se passe actuellement à Pékin, en prélude aux JO, était attendu et logique. Pékin prépare des Jeux comme jadis à l’Est on organisait les défilés du 1er mai. Rien ne dépassera.”

LA PRESSE DE LA MANCHE
Jean Levallois

“Les autorités chinoises ne tiennent pas leurs engagements (…) C’est incontestablement un inadmissible accroc au contrat qui peut inquiéter sur les conditions du déroulement des Jeux (…) La liberté est ou n’est pas, en ce qui concerne le droit de communiquer, qui vaut autant pour les particuliers que pour les journalistes. La liberté est un fait, on ne peut se contenter de degré. Au fond, les engagements des dirigeants chinois qui ont sollicité la tenue des Jeux Olympiques dans leur pays correspondait sans nul doute à une bonne résolution. Elle se brise, à l’évidence, sur la réalité de l’état actuel de la Chine, en marche, qui n’imagine pas encore que leurs citoyens puissent être libres de communiquer avec le reste du monde. On ne peut se satisfaire des mesures restrictives décidées par la Chine. Et s’il est vrai qu’il ne faut pas humilier la Chine, le pays hôte des Jeux 2008 aurait intérêt à comprendre qu’il ne peut pas davantage humilier le reste ducoi, monde.”

CHARENTE LIBRE
Dominique Garraud

“Alors que la répression bat son plein contre les “récalcitrants” qui risqueraient de gâcher la “fête” olympique, les autorités chinoises viennent de rajouter une couche de restrictions à la liberté d’informer, avec la complicité passive et active du CIO et d’organismes européens comme Eutelstat. La seule réaction du CIO face à l’inaccessibilité des journalistes étrangers, accrédités à Pékin, à des sites internet comme ceux de la BBC, Amnesty International ou Reporters Sans Frontière a été de trouver cette censure “décevante”, oubliant au passage que la contrepartie de l’octroi des Jeux à la Chine avait été la promesse d’une amélioration sensible des droits de l’Homme dans un pays passé de la dictature à un autoritarisme sourcilleux (…) En contribuant activement au verrouillage chinois des Jeux, le CIO n’est jamais allé aussi loin dans le mépris des valeurs olympiques. Jusqu’à les rabaisser au niveau d’une mascarade indigne.”

LA VOIX DU NORD
Olivier Berger

“La Chine, lancée dans une folle révolution économique (folle pour l’environnement et les conditions sociales), ne prête guère attention aux droits humains, définis, il est vrai, par des Occidentaux. Elle se crispe quand Nicolas Sarkozy annonce son intention de rencontrer le dalaï lama et se détend quand le président du Conseil européen annonce sa venue à la cérémonie d’ouverture. Loin de la maturité d’une nation moderne. En 2006, 1 010 personnes ont été exécutées et 2 790 condamnées à mort. Des voix dissidentes évoquent huit mille exécutions. Comment savoir ? Soixante-huit crimes sont passibles de la peine de mort, dont la fraude fiscale. Petit progrès, depuis un an et demi, la Cour suprême populaire doit réexaminer les condamnations à mort. Ces derniers mois, la sécurité publique de Pékin nettoie la ville. Pas une tête ne doit dépasser. “Nous n’excluons pas la possibilité d’obliger tous les toxicomanes de la capitale à se libérer de leur accoutumance avant les JO “, explique un responsable. C’est la même chose pour les expropriés des grands chantiers, les clochards… Les contestataires sont priés de se taire.”

L’INDEPENDANT DU MIDI
Bernard Revel

“C’était trop beau. Hier, Pékin a remis les pendules à l’heure. Pendant les JO, internet sera censuré encore plus qu’à l’accoutumée. Ni les Chinois, ni les journalistes venus du monde entier n’auront accès aux sites qui diffusent sur la Toile des informations “sensibles”. Pékin avait donc menti ? Pas du tout. C’est le CIO qui était allé un peu “trop vite, trop haut, trop fort” en besogne. A dix jours de l’ouverture des JO, cela augure mal de la suite à venir. On peut au moins reconnaître une qualité à la Chine: elle évolue beaucoup dans les détails, mais sur le fond elle ne change pas. Elle le montre sans complexe en envoyant un message clair qui prend au dépourvu tous ceux font semblant de ne rien voir ou qui voient la mariée trop belle. Nicolas Sarkozy justifie sa présence aux Jeux le 8 août par le fait qu’on ne boycotte pas un quart de la population mondiale. Le pouvoir chinois n’a pas de tels états d’âme. A Pékin, on censure sans scrupule un quart de la population mondiale.”

LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE-OUEST
Hervé Cannet

“Le verrouillage d’internet, le lieu d’expression le plus libre de la planète, peut-il être considéré comme une surprise ? Passées maîtresses dans l’art du camouflage, les autorités de Pékin ont misé un maximum sur la réussite sans heurts de “leurs” Jeux. La révolte du Tibet puis le voyage mouvementé de la flamme ont brisé le masque de sérénité et durçi le climat. Les hommes d’affaires français en savent quelque chose. L’approche de la cérémonie d’ouverture et le débarquement dans la capitale des premiers bataillons d’envoyés spéciaux ont fait encore monter la tension d’un cran. Du coup, le régime renoue avec des habitudes qu’il n’a jamais perdu et pratique ce qu’il fait le mieux : le tour de vis.”

L’EST REPUBLICAIN
Rémi Godeau

“Et si ces Jeux olympiques tournaient à la mascarade? (…) Il est trop tard pour argumenter sur l’opportunité d’accorder les JO au régime autocratique de Pékin. Et trop tôt pour savoir si la publicité mondiale accordé au durcissement de l’appareil répressif contribuera à terme à fissurer ce système autoritaire. Dès à présent, on peut cependant se demander si le zèle de la redoutable Police armée populaire ne va pas gâcher, abîmer, voire salir la fête olympique. Au fil des mois, le CIO s’est réfugié derrière sa Charte pour avaler des couleuvres longues comme la Grande muraille. Interdiction de porter un badge au slogan aussi cucul que “Pour un monde meilleur”. Interdiction aux athlètes de tenir un blog. Interdiction aux spectateurs de brandir drapeaux, bannières et autres posters. Et donc interdiction aux médias de se connecter à certains sites. Deux semaines plus tôt, le président du CIO déclarait pourtant : “Il n’y aura pas de censure sur internet”. La Chine avait promis. Du bluff ! Pas de doute, les J.Oppression peuvent débuter.”

L’ALSACE
André Schlecht

“Tout n’est pas négatif dans l’aveu par la Chine qu’elle maintenait sa censure de l’internet durant les Jeux Olympiques. Dans cette franchise sont contenus un certain nombre de rappels utiles. D’abord, une police de l’internet existe partout, car ce réseau, capillaire et envahissant à l’échelle du globe, justifie certaines surveillances. Certes, la police chinoise du web paraît pléthorique, puisqu’on lui prête plus de quarante mille agents. De mauvais esprits y voient l’expression du zèle répressif du régime, mais ces effectifs sont sans doute imposés par la démographie et les horaires de travail réduits que le socialisme garantit à ses serviteurs. Ensuite, le franc-parler de Pékin nous renvoie au mot expert de Charles Pasqua : “Les promesses des hommes politiques n’engagent que ceux qui les reçoivent.” À condition que ces promesses existent. Or, le Comité olympique international ayant fini par admettre qu’il n’avait jamais reçu d’assurances pour la liberté absolue des médias, il faut savoir gré aux Chinois d’avoir clarifié que les rêves extra-sportifs qui accompagnent ces Jeux ne sont pas tous vendus par eux”

MIDI LIBRE
Philippe Palat

“Nous voici donc au pied de la muraille de Chine. La vraie, la plus cruelle. Pas la poétique inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, mais celle qui, muée en barrière doctrinaire, interdit le dialogue. Sanctionne la pensée. Réprime et étrangle la contestation. Lobotomise les esprits. Puissante et tyrannique, la censure, désormais gravée au revers de la médaille des JO de Pékin, rejoint la cohorte des accusations qui pèsent sur ce pays. Droits de l’homme bafoués, prisonniers politiques, torture, peine de mort. On est loin de la Chine nouvel espace universel d’expression olympique. Pour nourrir un insensé espoir de liberté, il ne fallait pas, surtout pas boycotter. Pour préserver un lien diplomatique, il fallait composer. Pour protéger les intérêts économiques, il fallait apaiser. Pour ne pas pénaliser le milieu sportif français en quête de lauriers, il fallait participer. Mais à quel prix !”

LE DAUPHINE LIBERE
Didier Pobel

“Certes, nul ne se berçait vraiment d’illusions, mais au moins une promesse avait-elle été faite. On ne toucherait pas à Internet, symbole s’il en est de la plus moderne et plus foisonnante liberté d’expression. Foutaise! Le couperet est tombé sur la toile (…) Il en faudrait plus, rétorqueront certains, pour perturber les compétitions sportives. C’est une façon de voir les choses qu’on n’est pas obligé de partager. Si, à la rigueur, le muscle sait s’accommoder de ce genre d’entraves, l’esprit, lui, ne peut qu’être atteint. Autant dire qu’une ombre lourde surfe d’emblée sur le grand rendez-vous de Pékin. On espérait, un peu naïvement sans doute, des signes forts d’ouverture, fût-ce à travers le prisme d’une vitrine internationale déformante. Or, à quoi avons-nous affaire au milieu de cet empire en pleine mutation et où les droits de l’homme progressent pourtant à tout petits pas? À l’exact inverse. En bridant le web, les cyber-gardes rouges des JO made in China viennent ainsi de rajouter une discipline reine au programme officiel: le grand bond en arrière.”

SUD-OUEST
Franck De Bondt

“Ceux qui avaient misé sur une inflexion de Pékin se sont mis un javelot dans l’oeil. Les Jeux olympiques, produit labellisé par le CIO, ont bel et bien été annexés par le régime chinois. (…) Les gouvernements occidentaux ont cherché à se convaincre que la Chine avait progressé sur la voie qui lui était indiquée par eux. Au point de confondre parfois le bond de la croissance avec les avancées de la démocratie. En censurant Internet, en empêchant les journalistes accrédités aux JO d’accéder à certains sites ” sensibles “, comme celui d’Amnesty International, le pouvoir chinois démontre que ses engagements, comme celui de reprendre le dialogue avec le dalaï-lama après la sanglante répression conduite au Tibet, ne valent pas tripette (…) Aujourd’hui on le sait : c’est une vague de répression qui va nettoyer le site olympique et effacer toute contestation avant et après le 8 août. L’épaisse pollution qui règne sur Pékin pourra tenir lieu de rideau de fumée. C’est bien dans une atmosphère étouffante, à tous points de vue, que vont se dérouler les Jeux.”

LA MONTAGNE
Xavier Panon

“Le masque tombe et avec lui les promesses faites par la Chine de progresser sur le chemin des droits de l’Homme (…) Du milliard et demi de Chinois, le régime ne veut montrer qu’une seule tête et un seul sourire de fierté devant les mirifiques réalisations du Parti. Les JO servent cette paranoïa des dirigeants prêts à tout. Après le dramatique ” Grand bond en avant ” des années 50, le régime lance le ” Grand bâillon en avant “. Comme une démonstration de force qui se voudrait dissuasive. Certains y verront un aveu de peur que le moindre grain de sable vienne polluer le sacre mondial de l’Empire du Milieu. En bridant toujours plus la liberté, quitte à manier provocation et arrogance, Pékin plonge dans l’embarras les dirigeants occidentaux. Bush a riposté en recevant des dissidents chinois connus. Pour Nicolas Sarkozy, la marge est mince entre le rêve de soulever le bâillon, sans humilier, et la menace de représailles.

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